Le DFSSU "Techniques de l’urbanisme, de l’aménagement et du territoire" ou l’urbanisme de Pappy

Publié le 15 Avril 2011

Le domaine de l’urbanisme n’en finit pas d’aiguiser les appétits. L’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, qui a perdu l’année dernière, l’Institut français d’urbanisme, désormais rattaché à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, lance un bien curieux Diplôme de formation supérieure spécialisé d’université (acronyme barbare pour un diplôme non reconnu par l’État, mais par l’université seulement) intitulé : « Techniques de l’urbanisme, de l’aménagement et du territoire ».

 

 

Un diplôme créé dans un contexte houleux

 

Il faut dire que l’initiateur du diplôme est l’un des deux auteurs d’une tribune « Adapter les programmes universitaires au métier d’urbaniste », publiée sur le site de l’Observatoire Boivigny, qui avait déclenché d’intenses protestations, tant les arguments rétrogrades mobilisés, sur une vision techniciste de l’urbanisme étaient peu valables. Depuis l’Observatoire Boivigny, a retiré la tribune, à la demande des deux auteurs et suite à de nombreuses protestations de lecteurs.

 

Pour l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, l’urbanisme n’est pas une nouveauté. De 1968 à 2010, elle a accueilli l’Institut français d’urbanisme. L’IFU a demandé et obtenu sont rattachement, en 2010, après un intense conflit avec l’Université Paris 8 qui refusait son changement d’affectation. La création de ce petit diplôme d’université pourrait être une sorte de revanche pour l’université de Vincennes-Saint-Denis, mais le contenu ne semble pas au rendez-vous.

 

 

Un contenu confondant ingénierie et urbanisme

 

Ce diplôme d’université comprend 308 heures d’enseignements obligatoires, 70 heures d’enseignements optionnels, correspondant à la préparation du concours d’ingénieur territorial (nous y reviendrons dans la partie suivante), 14 heures d’examens et 560 heures de stage professionnel (4 mois). Le volume horaire est légèrement inférieur à une deuxième année de Master Urbanisme, diplôme reconnu par l’État.

 

Les intitulés des enseignements illustrent parfaitement la vision personnelle du domaine de l’urbanisme de la part des créateurs du DFSSU. Sur quatre unités d’enseignement, le terme « technique » revient trois fois ; une sorte de leitmotiv pour techniciser sur le papier un domaine professionnel qui n’est pas une science de l’ingénieur ou une technique, comme le génie civil ou l’électromécanique. La partie concernant les sciences politiques et les sciences humaines et sociales se réduit à une seule unité d’enseignement dispensée par l’Institut français de géopolitique, selon une approche exclusivement géopolitique, ce qui est très réducteur pour le champ de l’urbanisme.

 

Ces unités d’enseignement dispensent des connaissances triviales, peu élaborées, une sorte de catalogue de questions plus ou moins abordées par un urbaniste au cours de sa carrière, surtout au sein des collectivités territoriales : espaces verts, sécurité, programmation, marchés publics, etc. Nous sommes bien loin d’une offre pédagogique innovante, adossée simultanément à des laboratoires de recherche en urbanisme et à des intervenants professionnels de toute nature (et pas seulement issus des collectivités locales), comme les instituts d’urbanisme le proposent par exemple. Ici il ne s’agit pas de penser l’urbanisme d’après, mais plutôt celui d’avant selon une approche bureaucratique calée sur les thèmes abordées par les ingénieurs territoriaux au sein des collectivités.

 

 

Le concours d’ingénieur territorial comme argument commercial

 

Ce diplôme n’étant pas reconnu par l’État, il n’est pas ou peu soutenu financièrement. Son coût élevé, oscille de 5155,57€ (4920€ pour le diplôme et 265,57€ pour les frais d’inscription universitaires) à 5895€ (avec la préparation au concours d’ingénieur territorial), et place ce diplôme parmi les plus chers dans le domaine de l’urbanisme.

 

En comparaison, l’École des ponts ParisTech, propose le Mastère spécialisé Aménagement et maîtrise d’ouvrage urbaine, reconnu par la Conférence des grandes écoles, pour 7500€. Sciences Po Paris, propose le Master d’urbanisme, selon les revenus des parents l’année précédente à un coût allant de 0€ à 13000€. Les diplômes délivrés au sein des instituts d’urbanisme rattachés à des universités coûtent pour leur part, environ 500€.

 

La possibilité de préparer le concours d’ingénieur territorial, spécialité « Urbanisme, aménagement et paysages » est la particularité de ce DFSSU. Or deux décrets (2002-508 du 12 avril 2002 et 2007-196 du 13 février 2007) stipulent clairement que l’accès de droit à ce concours est réservé aux seuls titulaires d’un diplôme d’architecte, de géomètre ou d’ingénieur.

 

Le DFSSU « Techniques de l’urbanisme, de l’aménagement et du territoire » ne correspond à aucun de ces diplômes. Les décrets précisent toutefois qu’il existe une Commission d’équivalence des diplômes (CED) statuant sur le caractère scientifique et technique des diplômes qu’un candidat présente.

 

Le candidat doit fournir un épais dossier détaillant l’intégralité de son parcours académique. Le jury statue au cas par cas selon les dossiers présentés. On comprend donc mieux la tentative des créateurs de ce diplôme pour « montrer patte blanche » à l’entrée du concours avec un parchemin estampillé « techniques de l’urbanisme… ».

 

Cependant, un titulaire d’un DFSSU « Techniques de l’urbanisme, de l’aménagement et du territoire » n’accède pas de droit au concours, sans formation initiale d’architecte, de géomètre ou d’ingénieur. Devant la Commission d’équivalence des diplômes, la présentation de ce DFSSU, ne garantit en rien l’automaticité de l’inscription et ne dispense pas de la fastidieuse élaboration du dossier.

 

 

Un diplôme sans débouché ?

 

Il s’agit donc d’un « coup de poker », ce diplôme n’étant pas reconnu par l’État comme un master et n’offrant pas d’accès privilégié au concours d’ingénieur territorial. Au-delà il confond le grade statutaire d’ingénieur territorial avec le domaine professionnel de l’urbanisme.

 

Loin de clarifier et rendre lisible le champ de l’urbanisme, à travers une offre de Masters d’urbanisme dispensée au sein d’instituts d’urbanisme, ce diplôme vient ajouter de la confusion supplémentaire sans garantir une plus-value spécifique des techniques de l’urbanisme pour l’accès au concours d’ingénieur territorial.

 

La question est donc simple : combien de temps ce diplôme restera-t-il ouvert ?

Rédigé par Clm

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Arnaud le bonobo 24/10/2012 11:55


Petite modification pour les prix du Master Sciences po : les frais s'élèvent de 0 € à 13 000 * 1.5 car en fait la formation d'un an comprend un stage de 6 mois, donc 3 semestres à payer...