Urbanistes : sortir de la soumission

Publié le 25 Octobre 2010

2011 est une année charnière pour les urbanistes. La Société française des urbanistes (SFU) fêtera son centenaire et, tout comme le Conseil français des urbanistes (CFDU), elle renouvellera son bureau exécutif en Assemblée générale. Le Collectif national des jeunes urbanistes (CNJU) fêtera également sa première année d’existence et renouvellera également son bureau exécutif.

Alors que l’accès des urbanistes à la fonction publique relève plus de l’infiltration que de l’intégration, que la profession est aussi visible qu’un lapin sur une route embrumée, la question de son orientation stratégique se pose avec acuité.

 

Sortir du silence radio

 

L’audience de la profession est pour l’instant misérable, pire encore, le débat public est accaparé par des professions connexes à la nôtre qui prennent la place, la nature ayant horreur du vide.

Au lieu de diaboliser son voisin qui ne fait que meubler notre absence, tournons-nous vers nos représentants et leurs actions depuis ces dix dernières années:

  • Où étiez-vous pour prendre à bras le corps le débat sur le Grand Paris alors que Le Ministère de la culture, qui a notamment la charge des écoles nationales supérieures d’architecture, s’empressait de mettre au premier plan des équipes d’architectes pour travailler sur l’urbanisme de la métropole parisienne ?
  • Où étiez-vous, en 2002, puis en 2007, lors de la sortie des deux décrets empêchant les urbanistes d’accéder à un statut pérenne au sein de la fonction publique territoriale ?
  • Que faisiez-vous pour permettre un accès réel des urbanistes à la fonction publique d’État, alors que le concours d’architecte et urbaniste de l’État est devenue la chasse gardée des architectes ?
  • Que faisiez-vous, quand des écoles d’ingénieurs se sont mises à délivrer des spécialisations « urbanisme » dans leurs diplômes, alors que des instituts d’urbanisme, réellement pluridisciplinaires, délivraient ces diplômes depuis 1919 pour le plus ancien (Institut d’urbanisme de Paris) ?
  • Que faisiez-vous encore quand les écoles nationales supérieures d’architecture ont délivré des Diplôme de spécialisation et d’approfondissement (DSA) portant des noms barbares tels que : « architecture des territoires », « architecte-urbaniste » semant davantage la confusion au profit de la profession d’architecte ?
  • Que pensez-vous enfin du bilan chiffré de l’Office professionnel de qualification des urbanistes (OPQU), dont 47% des qualifiés ne disposent d’aucun diplôme en urbanisme, ne serait-ce qu’une licence ?

Les urbanistes, sortant, chaque année (entre 800 et 1200 selon les estimations) des instituts d’urbanisme, ne peuvent constater chaque année, que le CFDU, la SFU, Urbanistes des territoires (UT) et l’OPQU, ne les aideront que peu à affronter leur entrée dans la profession, voire même les y empêcheront par des discours rétrogrades anti-universitaires de la part de certains de leurs membres

Si le CNJU a vu le jour, c’est bien parce que les associations existantes ont été incapables d’affirmer l’autonomie de la profession d’urbaniste, tant certains de leurs membres œuvraient en sous-main pour défendre les intérêts des professions voisines (architectes, ingénieurs, géomètres-experts).

 

 

Sortir de la profession soumise

 

La fermeture de l’accès au concours d’ingénieur territorial spécialité « urbanisme, aménagement et paysages » a été le déclencheur de la colère des urbanistes, qui, semaines après semaines, retraçant l’histoire de leur éviction, constatent l’étendue des dégâts, dont leurs propres représentants portent la responsabilité.

Le résultat actuel est celui d’une profession soumise :

  • à d’autres (architectes, ingénieurs, géomètres) qui s’accaparent sans difficulté, le titre d’urbaniste jusqu’à aller se faire reconnaître par un office de qualification sans présenter le moindre diplôme du domaine.
  • à des ministères de tutelle dont la majorité des décideurs ignorent profondément les urbanistes et leurs établissements de formation.
  • à des luttes de statut (public, parapublic, privé) et à la défense des pré-carrés de l’entre-soi corporatiste de bas étages (micro-associations improbables et invisibles)

 

Où est la profession autonome, reconnaissant l’apport de ses propres organismes de formation (les instituts d’urbanisme) et affirmant la spécificité de l’urbanisme ?

 

2011, doit être le mandat de la renaissance des urbanistes :

 

  • En reconnaissant publiquement l’apport essentiel des instituts d’urbanisme, qui forment chaque année des centaines d’urbanistes diplômés rompus à la culture professionnelle du domaine et à l’approche pluridisciplinaire de la ville
  • En se positionnant sur chaque débat public concernant la ville en tant qu’urbanistes.
  • En arrêtant de reconnaître son voisin comme urbaniste alors que ce dernier ne le reconnaît pas comme architecte, ingénieur ou géomètre-expert sans diplôme ad hoc.
  • En se réunissant sous une seule bannière au-delà des clivages ridicules sur le statut du contrat de travail de chacun.

 

Sortons de la soumission !

 

Notes

Notons avec amusement que la plupart de ces équipes d’architectes se sont empressées de contacter, parfois en catastrophe, des urbanistes (travaillant pour la plupart dans les instituts d’urbanisme), pour produire toute l’analyse urbaine, qu’ils n’étaient pas capables de réaliser elles-mêmes au sein de leurs cabinets !

Une analyse des maquettes de diplômes d’ingénieurs portant la spécialité « urbanisme », montre, pour la plupart de ces diplômes une prédominance des sciences dites « exactes » et uniquement quelques enseignements portant sur l’urbanisme, confondus, la plupart du temps, avec du génie civil ou urbain. Nous sommes donc très loin d’un enseignement de l’urbanisme.

Source : Annuaire OPQU, 2007. Sur 390 membres inscrits dans l’annuaire papier, 183 personnes ne présentent aucun diplôme en urbanisme.

Rédigé par Clm

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