Urbanistes nés sous X

Publié le 22 Mai 2012

 

Les urbanistes d’avant vivent chez leurs parents

 

Depuis son apparition l'urbaniste était un « quelque chose  urbaniste » ou plutôt « X - urbaniste. Il se définissait en creux d'une autre profession ou d'une autre discipline : architecte – urbaniste, géographe – urbaniste, géomètre – urbaniste, ingénieur – urbaniste, etc.

 

C'est une donnée récurrente dans le développement d'une profession. Elle ne naît pas spontanément. Elle est « enfantée » par d'autres, ses « parents » en quelque sorte. Dans le Monde, les architectes, économistes, géographes, géomètres et ingénieurs, sont les parents généralement reconnus sur l’état civil des urbanistes (ils les ont précédés).

 

Comme toute profession qui grandit, celle d’urbaniste a vu progressivement se développer des formations, des diplômes spécifiques (formant à titre principal, voire exclusif des futurs urbanistes). En France, il s’agit principalement (mais pas seulement) des instituts d’urbanisme, structures plus ou moins autonomes, rattachées à des universités, mais parfois aussi à des grandes écoles ou à des grands établissements, de formation et de recherche dans les domaines de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire. L’Institut d’urbanisme de Paris, fondé en 1919, est le plus ancien d’entre eux. La plupart des instituts d’urbanisme ont vu le jour après 1968. Le plus récent est l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de Rennes fondé en 2011.

 

Selon le recensement national des diplômes de niveau Bac+5/6 en urbanisme et aménagement du territoire, réalisé par le Collectif national des jeunes urbanistes (Commission Formations et insertion professionnelle), il existe actuellement sur le territoire français, 142 diplômes formant (ou prétendant former) des urbanistes. Parmi ces 124 diplômes, 43 (un peu plus d’un tiers) sont assurés spécifiquement au sein d’instituts d’urbanisme et/ou d’aménagement du territoire. Ces instituts sont les suivants :

 

  • Institut d'urbanisme et d'aménagement régional (Université Paul Cézanne Aix-Marseille 3)
  • Institut d'aménagement, de tourisme et d'urbanisme (Université Michel de Montaigne Bordeaux 3)
  • Institut de géoarchitecture (Université de Bretagne occidentale)
  • Institut d'Auvergne de développement des territoires (AgroParisTech, Université d'Auvergne Clermont-Ferrand 1, Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand 2 et Vetagro sup)
  • Institut d'urbanisme de Grenoble (Université Pierre Mendès-France Grenoble 2)
  • Institut d'aménagement et d'urbanisme de Lille (Université des sciences et technologies Lille 1)
  • Institut d'urbanisme de Lyon (Université Lumière Lyon 2)
  • Institut de géographie et d'aménagement régional de l'Université de Nantes (Université de Nantes)
  • Chaire d'urbanisme (Conservatoire national des arts et métiers)
  • Cycle d'urbanisme de Sciences Po (Sciences Po)
  • Institut d'urbanisme et d'aménagement de la Sorbonne (Université Paris-Sorbonne Paris 4)
  • Institut d'urbanisme de Paris (Université Paris-Est Créteil)
  • Institut français d'urbanisme (Université Paris-Est Marne-la-Vallée)
  • Institut d'aménagement du territoire, d'environnement et d'urbanisme de l'Université de Reims (Université de Reims Champagne-Ardenne)
  • Institut d'aménagement et d'urbanisme de Rennes (École nationale supérieure d'architecture de Bretagne, Institut national des sciences appliquées de Rennes, Sciences Po Rennes, Université de Haute Bretagne Rennes 2)

 

Une véritable filière professionnelle de formation initiale et continue s’est donc développée dans le domaine de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire au sein d’instituts ou non, reconnus par des associations professionnelles ou non (APERAUOPQUSFU, etc.). C’est une réalité qui n’avait pas encore été palpée, ne serait-ce que par recensement national des diplômes. Il manque aujourd’hui encore, un recensement national des urbanistes… Cette réalité est l’indicateur d’une lame de fond : l’autonomisation progressive de la profession.

 

Si nous souhaitons simuler la situation des urbanistes quarante ans plus tôt, il suffit d’observer les filières professionnelles de l’environnement ou de la programmation architecturale et urbaine. Le mot « environnementaliste » apparaît de plus sur les CV. Les programmistes ont leur syndicat professionnel. Du côté des diplômes, les formations entièrement dédiées à l’environnement, selon une approche résolument professionnelle pluridisciplinaire, ont fleuri en France dans de nombreux établissements (universités, grands établissements, grandes écoles). Pour la programmation, le mouvement est moins évident, toutefois, l’Institut d’urbanisme de Paris délivre un Master entièrement dédié à l’exercice professionnel de programmiste. Encore une fois, les architectes, les géographes et les ingénieurs sont de la partie et constituent les « parents » de ces professions naissantes.

 

 

 

Les urbanistes d’aujourd’hui sont nés sous X

 

Pour obtenir le titre d'urbaniste (et non le diplôme, ce sont deux choses différentes), l'Office professionnel de qualification des urbanistes (OPQU) a créé en 1998 la qualification d'urbaniste. L'essence même de la profession d'urbaniste, et la tendance générale récente de toutes les professions, est à l'ouverture, notamment via la Validation des acquis de l'expérience (VAE), qui revient à reconnaître autant l'expérience professionnelle dans un domaine que les diplômes qui y donnent accès.

 

L'OPQU délivre la qualification (qui n’est encore un titre au sens du Répertoire national des certifications professionnelles) selon trois niveaux A, B et C ; une sorte de « VAE maison » :

 

  • Niveau A : Diplôme d'urbaniste + 2 ans d'expérience professionnelle
  • Niveau B : Diplôme avec une option/spécialisation en urbanisme + 5 ans d'expérience professionnelle
  • Niveau C : Aucun diplôme en urbanisme + 10 ans d'expérience professionnelle.

 

Pour les niveaux B et C, la mécanique de l’OPQU est bien rôdée. Les architectes et ingénieurs, sans diplôme formant spécifiquement à l’urbanisme, ont ainsi pu être reconnus en tant qu’urbanistes, par leur expérience professionnelle ou la présence d'une option/mineure sur les questions d'urbanisme dans leur cursus, vue sous l'angle des architectes, ingénieurs, etc.. Les architectes libéraux ont particulièrement apprécié le dispositif, puisqu’il leur permettait d’attester sur papier leur compétence en urbanisme ; utile lors de réponses à des appels d’offres…

 

En revanche, la reconnaissance des diplômes permettant la qualification d’urbaniste selon le niveau A (avec un diplôme d’urbaniste) est bien plus complexe. Dans le cadre de ses travaux, l’OPQU a publié un document intitulé « Contenu des formations Master en urbanisme ». Ce document, loin d’analyser et de caractériser la réalité de l’offre de formation des urbanistes, a fantasmé un idéal de Master en urbanisme, inexistant dans l’offre actuelle ; rejetant davantage les urbanistes « de formation » qui composent pourtant aujourd’hui la majorité de la profession en France.

 

L’urbaniste est encore au domicile parental et peine à se trouver un studio pour battre de ses propres ailes. Les architectes, géographes et ingénieurs rôdent toujours dans les conseils d'administration et ne veulent pas trop que leur petit batte de ses propres ailes ; des parents protecteurs ou indignes selon les points de vue.

 

Si l'urbaniste (qui est majoritairement une femme selon l’enquête nationale sur l’insertion professionnelle des jeunes urbanistes) reste rattachée à ses parents, elle ne s’émancipera pas et restera une vieille fille dépendante du bon vouloir de ses parents.

 

Les urbanistes resteront « sous », « semis », des soutiers, des urbanistes sous X. Quel sera le poids d’un étudiant sortant de licence, entrant directement en Master d’urbanisme, face à un architecte ou à un ingénieur qui, par la force de l’OPQU ou de son CV se déclarera architecte-urbaniste, ingénieur-urbaniste ?

 

 

 

L’émancipation comme objectif : les Nouveaux urbanistes

 

Le combat actuel, mené par le Collectif national des jeunes urbanistes et par les Nouveaux urbanistes est celui de l’émancipation d’une profession aujourd’hui adulte et autonome. Ce combat passe par des actions, des jalons, autant de piliers sur lesquels pourra se reposer la profession : des convictions.

 

Le CNJU a entreprise une action par un projet de labellisation des diplômes de niveau Bac+5/6 en urbanisme et aménagement du territoire sous le nom « Diplôme d’urbaniste ». Ce projet en cours de discussion pourrait enfin consacrer et reconnaître l’existence d’une véritable filière de formation des urbanistes.

 

Les Nouveaux urbanistes ont dressé leur programme d’actions en huit convictions :

 

1ère conviction

Créer une association de personnes physiques prêtes à défendre et à promouvoir la profession d’urbaniste, regroupant les urbanistes de tous modes d’exercice.

 

2ème conviction

Faire reconnaître la profession d’urbaniste comme une profession à part entière en lui donnant un cadre réglementaire adapté.

 

3ème conviction

Consacrer les Instituts d’urbanisme de l’enseignement supérieur existants comme de véritables réseaux professionnels d’urbanistes habilités à délivrer des Licences professionnelles d’urbanisme, des Masters d’urbanisme et des Doctorats d’urbanisme.

 

4ème conviction

Transformer le dispositif de qualification OPQU existant en une qualification partagée par les Instituts d’urbanisme et la profession (sur le mode des professions d’avocats ou d’experts comptables), donnant droit au titre d’urbaniste.

 

5ème conviction

Développer un dispositif de formation continue propre à la profession d’urbaniste, en lien avec les Instituts d’urbanisme de l’enseignement supérieur.

 

6ème conviction

Obtenir la reconnaissance de la profession d’urbaniste comme activité principale dans le cadre de la nomenclature INSEE des activités professionnelles.

 

7ème conviction

Mettre en place une convention collective commune aux organismes privés et parapublics ayant l’urbanisme comme activité principale.

 

8ème conviction

Faire reconnaître par voie législative la possibilité pour les urbanistes formés dans les Instituts d’urbanisme universitaires de candidater à nouveau à la spécialité « Urbanisme, aménagement et paysages » du concours d’ingénieur de la fonction publique territoriale.

 

 

 

L’avenir des urbanistes est désormais entre leurs mains :

Rejoignez le CNJU !

Rejoignez les Nouveaux Urbanistes !

Rédigé par Clm

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formation en alternance 05/06/2012 15:24


Le monde a vraiment changé