Un diplôme d'ingénieur forme-t-il des urbanistes ?

Publié le 5 Janvier 2011

Dans la continuité de la précédente tribune sur les formations dites « intégrées », ce texte présente le cas du diplôme d’ingénieur (et non d’urbaniste) en génie de l’aménagement de l’École d’ingénieurs polytechnique de l’Université de Tours. La stratégie de l’ex-Centre d’études supérieures d'aménagement (CESA), devenu Département aménagement (DA) au sein de Polytech’Tours est critiquée, notamment sur le (très caustique) « Carrefour de l’APERAU ». Présentation d’une stratégie locale de survie qui tourne le dos à toute la profession.

 

Le diplôme d’ingénieur en génie de l’aménagement : ingénieurs ou urbanistes ?

 

Au sein de l’Association pour la promotion de l’enseignement et de la recherche en aménagement et urbanisme (APERAU), parmi les membres français, Le Département aménagement de l’École d’ingénieurs polytechnique de l’Université de Tours (Polytech’Tours) est le seul à délivrer un diplôme d’ingénieur. Il s’intitule : Génie de l’aménagement ; une bien curieuse appellation qui fait le tour de force de marquer à la fois une spécificité par rapport aux diplômes de Master (c’est un diplôme d’ingénieur), tout en créant une énième dénomination dans le champ de l’urbanisme. Pourtant, le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (CNESER), essaye tant bien que mal, au moment de du renouvellement des maquettes de diplômes de l’enseignement supérieur (contrats quadriennaux 2010-2013), d’harmoniser sous la bannière « Urbanisme et aménagement », le nom des diplômes de niveau I (Bac+5) en urbanisme.

L’ex-Centre d’études supérieures en aménagement (CESA), fondé en 1969, offrait un diplôme de Magistère[1] Aménagement jusqu’en 2007. Au passage de la réforme LMD, l’avenir des magistères semblait incertain[2]. Sur le « carrefour de l’APERAU », en réaction à des messages (plus ou moins pertinents) de critiques sur la stratégie du Département aménagement, Jean-Paul Carrière, Directeur du DA rappelle en détail l’histoire du passage au diplôme d’ingénieur (message complet ici) :

 

Extraits du message de Jean-Paul Carrière sur le carrefour de l’APERAU, 4 janvier 2011

Pas de polémique… des faits !

« […] Le projet d’une école d’ingénieurs remonte aux origines –mêmes du CESA en 1969, le biologiste Vincent Labeyrie, le fondateur du CESA, ayant déjà voulu en son temps créer une école d’ingénieurs en aménagement-urbanisme, interdisciplinaire et articulant les Sciences de l’Homme et Sociales et les Sciences de la Nature et du Vivant. À cette époque, le projet n’a pas totalement abouti, car les instances nationales ne concevaient pas de formation d’ingénieur, vraiment ouverte sur les SHS, et sans socle principal en maths-physique-chimie, formant des cadres pour d’autres secteurs que l’industrie. Il faut se féliciter de voir que la Commission du Titre d’Ingénieur a aujourd’hui élargi son point de vue, habilitant des formations comme la nôtre, largement ouvertes sur les SHS, et les autres sciences telles que l’écologie. Je pense aussi à d’autres formations, telle que celle de l’Ecole Nationale Supérieure de la Nature et du Paysage…

Ce projet fut porté non seulement par V. Labeyrie, mais par toutes les directions successives du CESA, dont René Perrin, co-fondateur avec P. Merlin de l’APERAU. Il n’aboutit de façon définitive qu’en 2008, après que la CTI ait donné une habilitation complète à délivrer le titre d’ingénieur avec grade de Master, et que l’Ecole ait obtenu le label européen EUR-ACE. […]

[…] Or, une telle perspective pédagogique suppose du temps de formation et des moyens. Le CESA a survécu tant bien que mal en jonglant avec les différents types de diplômes possibles au fil des réformes (MST,IUP, DESS , Magistère à partir de 1988). Mais quand le passage au LMD a été annoncé, il est apparu que la cadre proposé (Licence et Master) ne permettait plus d’assurer les quelques 2000 heures d’enseignement par étudiant, les 38 semaines de stage (de groupe et individuels) et d’ateliers qui existaient déjà, et l’initiation à la recherche. C’est moyennant quelques évolutions dans le contenu des enseignements, mais en conservant l’architecture globale du Magistère, que la formation d’ingénieur a été habilitée par la CTI, laquelle a demandé à ce que soit retenue l’appellation de Génie de l’Aménagement, et, que le recrutement se fasse selon les modalités prévues pour les écoles d’ingénieur . Cela a permis de sauver l’enseignement et la recherche en Aménagement –Urbanisme à Tours qui aurait alors disparu ou serait devenu un petit appendice d’une grosse UFR, sans véritables moyens : le CESA en intégrant l’Ecole Polytechnique de l’Université de Tours (Polytech’Tours), et en devenant le DA, a pu retrouver une existence institutionnelle, des locaux de qualité, un niveau d’équipement remarquable et un budget beaucoup plus important, nécessaires à sa pérennisation. »

 

 

Le diplôme d’ingénieur : un remède périmé pour l’urbanisme ?

 

Le nécessaire rappel des faits historiques par une personne au cœur du processus d’évolution du CESA offre plusieurs niveaux de lecture :

  • Les fondateurs du CESA ambitionnaient dès 1969 la création d’un diplôme d’ingénieur ; il semble assez logique, dans le contexte du grand équipement des années soixante, que le diplôme d’ingénieur ait été vu à cette époque comme le cadre idoine pour former des professionnels de l’urbanisme. Posons-nous simplement la question de sa pertinence en 2011, après plus de quarante ans de politiques d’urbanisme où le règne de l’exclusivité scientifique et technique de la ville a vu se développer un urbanisme sans cohérence, privilégiant les systèmes de transport modelant à leur guise les territoires et les grilles d’équipement aux ratios[3].
  • Le passage au diplôme d’ingénieur était, selon la direction du CESA, la seule porte de sortie permettant de maintenir à Tours, ses diplômes, effectifs et moyens au passage à la réforme LMD ; il semble que l’environnement local de l’enseignement supérieur tourangeau n’aurait pas permis le maintien du magistère d’aménagement et du CESA en l’état. Après avoir contacté l’Association générale des responsables de magistères (AGREMA), cette dernière a assuré qu’il était toujours possible de maintenir et même d’ouvrir des diplômes de magistère. Le problème n’est pas structurel, mais bien conjoncturel. La redistribution des cartes à Tours n’aurait pas permis au CESA de se maintenir. Autre lecture possible ; la réforme LMD aurait été la fenêtre permettant un passage au diplôme d’ingénieur, comme selon les souhaits des fondateurs du CESA, quarante ans plus tôt. Sur ces éléments des précisions de la part de l’administration de l’ex-CESA seraient les bienvenues.

 

Cette double lecture explique alors la stratégie solitaire de la formation tourangelle. Elle est propre à une organisation locale de l’enseignement et de la recherche, où l’urbanisme cherchait une place lui garantissant les moyens (postes, locaux, diplômes) et la poursuite d’anciens objectifs dont la pertinence peut-être discutée aujourd’hui.

 

Les mineures ne sont pas majeures, les options ne font pas des professions

 

Au-delà du contexte local, le passage au diplôme d’ingénieur est un écho fortement négatif pour la structuration d’une profession autonome d’urbanisteEn France, faute de fédération professionnelle unitaire ou de syndicat national, le seul vecteur d'organisation de la profession d'urbaniste reste ses organismes de formations : il s'agit d'instituts d'urbanisme qui ont pignon sur rue et forment des professionnels depuis plusieurs décennies. Les instituts d'urbanisme de Paris, de Lille, de Lyon, d'Aix-en-Provence, de Lyon, de Grenoble, de Rennes et de Bordeaux etc. forment ainsi plus de 700 urbanistes chaque année. C'est une spécificité française que certains pays nous envient. Rattachés à des universités, les instituts d'urbanisme délivrent donc des diplômes ouverts (sans marquage professionnel dans le type de diplôme). Prétendre délivrer une formation aux métiers de l'urbanisme dans le cadre d'un diplôme d'ingénieur laisse à penser que l'ingénieur serait apte à exercer le métier d'urbaniste et que la profession d'ingénieur et celle d'urbaniste sont confondues. Un amalgame qui ne semble pas déranger le Directeur du DA qui déclare :

« C’est moyennant quelques évolutions dans le contenu des enseignements, mais en conservant l’architecture globale du Magistère, que la formation d’ingénieur a été habilitée par la CTI, laquelle a demandé à ce que soit retenue l’appellation de Génie de l’Aménagement, et, que le recrutement se fasse selon les modalités prévues pour les écoles d’ingénieur. »

Au sein du diplôme d’ingénieur, l’urbanisme n’est plus le cœur du diplôme, mais une spécialité. L’ingénierie est le référentiel de base du diplôme, la ville n’étant qu’une entrée thématique appliquée aux grilles de lecture propres à la formation d’ingénieur. L’expression même « Génie de l’aménagement » signifie bien la conversion du diplôme en une spécialisation.

Le Département aménagement de l’École d’ingénieurs polytechnique de l’Université de Tours forme désormais des ingénieurs. Reste à savoir si les étudiants, les enseignants et les ingénieurs d’autres spécialités l’accepteront. La période de transition pourrait être longue où la schizophrénie entre ingénieur et urbaniste risque de désorienter les jeunes diplômes dans leur recherche d’emploi et les recruteurs pour identifier cet OVNI des formations françaises en urbanisme.

 

Au sein de la profession d’urbaniste, le débat est ouvert : les diplômes d'architecte, de géomètre, d'ingénieur ou de paysagiste forment-ils des urbanistes ? Selon moi, non.


[1] Un magistère est un diplôme d’université de niveau I (Bac +5), se déroulant sur trois années universitaires (de Bac+3 à Bac+5). Créé en 1985, le diplôme de magistère vise à recruter et attirer les bons étudiants à l’université, alors que ceux-ci privilégiait un cursus au sein d’une grande école ou d’un grand établissement. L’Association générale des responsables de magistères (AGREMA) fédère les magistères ouverts en France. La formule a connu un succès d’estime, sans toutefois se généraliser. Au passage de la réforme LMD, privilégiant les diplômes de Licence, Master et Doctorat, le Magistère

[2] En France, il existe encore aujourd’hui deux diplômes de magistère en urbanisme :

- Université Paris I Panthéon-Sorbonne ; Magistère Aménagement

 - Institut d’urbanisme et d’aménagement de l’Université Paris-Sorbonne (Université Paris IV) ; Magistère Gestion et aménagement de l’espace et des collectivités territoriales

Pour d’autres disciplines et domaines, de nombreux magistères existent toujours. L’avenir des magistères a donc été moins sombre que ne le prédisaient certains responsables de formations.

[3] Cette méthode a notamment été utilisée pour doter en équipements publics les zones d’urbanisation prioritaire, sans aucune approche territoriale.

Rédigé par Clm

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D. Ribeiro 09/04/2011










clovis simard 30/06/2011



Bonjour,


 


Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.


 


Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.


 


La Page No-6, THÉORÈME DE LEYDE.


 


L'ÉMERGENCE D'UNE IDÉE CONSCIENTE ?


 


Cordialement


 


Clovis Simard



dribeiro 20/07/2011










jean 12/10/2013

Et les géographe, sont-ils des urbanistes?
L'urbanisme ne peut se limiter à l'analyse du fait urbain. Ainsi il ne semble pas incohérent de créer des formations d'ingénieur urbaniste pour concevoir les espaces urbains, comme l'on toujours fait les ingénieurs. La profession d'ingénieur urbaniste existe depuis bien plus longtemps que la profession de géographe urbaniste (comme en témoigne l’existence très ancienne de l'école de ponts et chaussées dont par exemple est issu Alphand, ingénieur d'Haussmann et l'existence plus récente de l'EIVP). Certes des erreurs d'aménagement ont été faites par le passé, mais sont-elles uniquement du fait des ingénieurs qui répondent avant tout, dans le cas de l'aménagement urbain, à une demande politique et ont toujours été soumises au choix politique (signalons que ces erreurs ont tels les grands ensembles répondues à leur époque aux attentes de la société).

snoring remedies 21/01/2014

I believe that the engineers should also have good planning skills so that the assigned work can be finished within the stipulated time and in the correct manner. I do wish that the management would have integrated it earlier.