Qui va à la chasse… (ou comment nous brillons par notre absence)

Publié le 11 Octobre 2010

Ci-dessous, la reproduction d'un article, écrit par "SFU junior", publié sur le blog Urbanistes, intitulé "Qui va à la chasse... (ou comment nous brillons par notre absence)". Bonne lecture

 

Le magazine Parlementaires de France publie une tribune de Lionel Dunet, Président du Conseil national de l’Ordre des architectes, intitulée : « Architecture et Urbanisme en Île-de-France. L'intercommunalité pour un redéploiement urbain et social durable » (N°5, septembre 2010)


Dans ce numéro, préfacé par le Ministre de l'Aménagement du territoire, il est précisément question de gouvernance territoriale, de développement urbain, d'urbanisme, de stratégies territoriales, d'attractivité régionale, « d'aménagement (du territoire !), de Grand Paris, de territoires de projet, de politiques d'habitat, de rénovation urbaine, de compétences institutionnelles comme celle de la planification du droit des sols (PLU), d'intercommunalité et de solidarité financière et fiscales.

 
On retrouve des tribunes de notables franciliens (Fourcade, Huchon) et de « bâtisseurs de métropole » (des élus du Syndicat Paris Métropole comme Pierre Mansat, Jean-Yves Le Bouillonnec, son président, ou encore Philippe Laurent) et quelques socioprofessionnels (CCI, CESR)… mais aucun représentant d'association d'urbanistes !


On trouve en revanche le président du Conseil national de l'Ordre des architectes qui fait part aux parlementaires de France du leitmotiv de son organisation pour le développement durable, la lutte contre l'étalement urbain, etc. En évoquant le mitage des paysagesle cancer de la périurbanisation, il livre, certes de belles idées consensuelles, mais il évoque également, à juste titre, la fragmentation de la planification locale (les PLU émiettés) et la nécessité de transférer aux intercommunalités la compétence urbanisme. Un discours et des idées dont les urbanistes sont des promoteurs au quotidien dans le cadre de l'exercice de leur métier et que des associations d'urbanistes comme Urba+(le réseau de l’Institut d’Urbanisme de Paris) ont amené dans le débat public avec l'Assemblée des Communautés de France (AdCF) il y a déjà plusieurs années. 


Tout en souscrivant au propos de son président, on regrettera donc que cet ordre, aussi respectable soit-il, se prenne pour ce qu'il n'est pas : le porte parole des professionnels de l'urbanisme. Voilà donc des représentants d'une profession (l'architecture), les architectes, qui parlent d'urbanisme comme des urbanistes, en lieu et place des urbanistes.


Normal : l'organisation professionnelle des urbanistes est inexistante. Du coup, les architectes occupent la place vacante et plantent un drapeau sur notre profession et nos métiers. Grâce à leur lobbying efficace et au formidable coup de communication qu'a représenté la consultation internationale élyséenne du Grand Paris (démarche lancée par la Direction de l'architecture du Ministère de la Culture visant à établir un diagnostic prospectif de l'agglomération parisienne à horizon 2030 et piloté par des architectes !), se répand l'idée dans les milieux politiques (et le grand public en général) que l'urbanisme est une affaire de maquettes d'architectes, une chose trop sérieuse pour être confiée à des urbanistes !

Il y a là matière à nous interroger à la fois sur les causes et les conséquences déplorables de cette véritable usurpation professionnelle et sur la permanence de ce hold-up sur la légitimité professionnelle des urbanistes ! Il semble pourtant essentiel que les instances professionnelles de l’urbanisme français puissent peser sur le débat en cours concernant les institutions territoriales et le niveau le plus adapté pour la définition des politiques locales de l’urbanisme. Seule la Société Française des Urbanistes (SFU) a clairement pris partie dans le cadre des réflexions du Comité Balladur pour la réforme des collectivités locales.


Mais c’est bien peu, car depuis, plus rien ! Pas même un amendement du CFDU ou de la SFU proposé dans le cadre de l’examen du projet de loi Grenelle 2 (texte publié au JO le 12 juillet dernier) qui opère pourtant une refonte majeure du Code de l’Urbanisme ! C’était pourtant le véhicule législatif le plus pertinent pour réglementer a minima l’exercice professionnel des urbanistes : il eut été pertinent de sensibiliser le législateur sur les compétences requises dans les collectivités locales ou dans le cadre des missions de prestations et d’assistance à maîtrise d’ouvrage en urbanisme. Et d’imposer ainsi que la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre des documents d’urbanisme (SCOT, PLU) ne puisse s’exercer sans le recours à des urbanistes ! C’est encore loin d’être le cas aujourd’hui, dans la mesure où architectes et géomètres experts s’immiscent dans la confection urbaine et le pilotage de démarches de PLU (le plus-souvent « copiés-collés »)… Pourquoi ? Parce que la profession urbaniste n’est pas en mesure de communiquer et de sensibiliser les élus sur la nécessité de s’entourer ou de recruter de véritables urbanistes pour remplir ces missions. Les architectes, eux, parlent aux élus d'urbanisme...

 

Il est donc temps pour les urbanistes de sortir de leur silence et de leur torpeur… En somme, de mettre sur pied, à l'instar des architectes, ingénieurs et géomètres-experts, une véritable stratégie de lobbying pour notre profession. Nous ne souffrons pas de nos divisions, contrairement à ce que certains affirment, non !

Nous sommes tout simplement inexistants et depuis très longtemps. L'affaire déjà ancienne (2002) de la restriction de l'accès à la spécialité « urbanisme, aménagement et paysages » du concours d'ingénieur territorial aux seuls architectes, ingénieurs et géomètres-experts l'a démontré cruellement ; Ne pas (ré)agir, c'est donc cautionner.

Rédigé par Clm

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