Les urbanistes dans la fonction publique d’État : aux antipodes du Grenelle de l'environnement

Publié le 31 Août 2010

Les urbanistes ne peuvent que difficilement exercer leur profession au sein de la fonction publique d’État. Au-delà de la tendance à la réduction des effectifs, peu de voies existent pour permettre à tous les urbanistes (quelle que soit leur formation initiale) d’accéder à un statut pérenne au sein de l’État. Un comble quand l’urbanisme et le Grenelle de l’environnement revendiquent une approche pluridisciplinaire.

 

La fonction publique d’État, un accès multiforme et inégal à la profession d'urbaniste

 

Pour exercer la profession d’urbaniste au sein de l’État, plusieurs voies existent sans toutefois clairement reconnaitre les urbanistes et leur permettre une intégration homogène dans la fonction publique :

 

  • AgroParisTech[1], L’École nationale des ponts et chaussées (ENPC) et l’École nationale des travaux publics de l’État (ENTPE) recrutent sur concours des élèves ingénieurs appelés, pour certains, à devenir des fonctionnaires dans les corps des ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts (IPEF) ou des travaux publics de l’État (ITPE). Au sein de ces corps, la profession d’urbaniste, peut parfois, de fait être exercée. On peut également noter que les Écoles normales supérieures permettent également de passer le concours d’IPEF.
  • Le Ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer (MEEDDM) offre également la possibilité de passer le concours d’architecte et urbaniste de l’État (AUE). Ce concours spécifique est né en 1993 du rapprochement entre le concours d’architecte des bâtiments de France (ABF) et d’urbanistes de l’État (UE). Il est destiné exclusivement aux architectes diplômés, alors qu’une option « Urbanisme et aménagement » existe dans ce concours.
  • L’État peut également recruter des profils plus diversifiés que des architectes ou des ingénieurs en utilisant le statut de contractuel. Le recrutement de contractuels, prévu pour une durée déterminée, n’exige pas de diplôme spécifique, mais ne permet pas d'inscrire dans le temps les recrutements (limitation à trois ans).
  • Les émanations de l’État telles que les Établissements publics d’aménagement (EPA), chargés de mette en œuvre les opérations d’intérêts national (OIN), accueillent des urbanistes. Autonomes, ces établissements peuvent proposer des contrats de droit privé (CDI, CDD, etc.), sans restriction de profil des candidats (diplômes obtenus, etc.). À ce jour, il s’agit de la seule possibilité d’accès à la fonction publique d’État pour des profils autres que des architectes ou des ingénieurs.

 

Du Grenelle de l’environnement au Grenelle des fonctionnaires ?

 

Le recrutement des urbanistes au sein de la fonction publique d’État est donc très hétérogène et inégalitaire, en fonction des structures (Établissements publics, ministères) et des statuts (fonctionnaire, contractuels, contrats de droit privé). Les statuts les plus pérennes exigent le passage d’un concours réservé exclusivement à certains types de profils précis (architectes et ingénieurs), ce qui opère une discrimination alors que les professions tendent à se diversifier au-delà des seuls architectes et ingénieurs

 

Alors que les questions d’environnement ou d’urbanisme exigent indéniablement des profils diversifiés et une formation pluridisciplinaire, le régime statutaire de la fonction publique d’État se trouve en parfait décalage avec des politiques publiques emblématiques telles que le Grenelle de l’environnement ou le Grand Paris. Cette consanguinité professionnelle, articulée uniquement sur une approche technique, montre aujourd’hui ses limites avec la montée en puissance des protestations et de la controverse sur l’expertise mobilisée par l’État, notamment dans les projets d’urbanisme ou de transport.

 

La profession d’urbaniste n’apparaît encore qu’en filigrane dans le régime statutaire des fonctionnaires de l’État, pourtant les récentes politiques gouvernementales (Grenelle de l’environnement, Grand Paris) mettent évidence le besoin d’urbanistes au sein des ministères et de leurs émanations. L’État gagnerait diversifier ses recrutements afin d’être plus à l’aise dans l’élaboration de politiques publiques pluridisciplinaires, à l’image du travail accompli par les collectivités territoriales, malgré la fermeture du concours d’ingénieur territorial option « Urbanisme, aménagement et paysage » aux diplômés des instituts d’urbanisme[2].

 

Tout comme le Grenelle de l’environnement revendiquant (parfois à tord) une révolution des mentalités dans les politiques publiques, la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) de l’État devrait prendre en compte la diversité des professions et des profils pouvant doter ses services de réelles compétences pluridisciplinaires sur les questions d’urbanisme et éviter ainsi à des architectes et des ingénieurs de s'improviser urbanistes ; à chacun son métier !



[1] AgrosParisTech est un regroupement de plusieurs écoles et accueille notamment en son sein l’École nationale du génie rural des eaux et des forêts (ENGREF) ou l’Institut national agronomique Paris-Grignon (INAPG) formant des ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts (IPEF).

[2] Voir à ce sujet, le site du Collectif national des jeunes urbanistes : http://www.jeunes-urbanistes.fr/.

Rédigé par Clm

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Morad 31/05/2013 09:57

Article intéressant encore une fois ! L'absurde rigidité de l'Etat sur le recrutement et l'accès aux concours des urbanistes doit cesser. Former des urbanistes dans les universités et instituts pour finalement leur refuser de passer le concours d'urbanisme ? Une blague ! Espérons que le travail des associations d'urbaniste (comme le CNJU) portera ses fruits.

P.S. : j'ai relevé une coquille. "mettent évidence le besoin d’urbanistes au sein des ministères et de leurs émanations" vous avez oublié le "en" pour "mettent en évidence".

Bonne journée.